His Holiness the Dalai Lama, Tibet and Tibetan  

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Oct. 05 29

Version imprimable Un entretien avec Matthieu Ricard

« La force immense de la vérité dans les propos du dalaï-lama »

                   

La situation politique du Tibet demeure préoccupante. Dans ce contexte, comment expliquer que l’Onu ait refusé que le dalaï- lama, guide spirituel et moral du Tibet, prix Nobel de la Paix 1989, soit convié au sommet des chefs d’Etat organisé début septembre à New York ?
Matthieu Ricard : Je suis frappé par la sympathie que le dalaï-lama inspire aux plus grands chefs d’Etat, alors que dans le même temps, nul n’ose interpeller la Chine pour lui demander de respecter les droits de l’Homme. En 1959 puis en 1962, les Nations unies puis la commission internationale des juristes de Genève – organe consultatif de l’Onu chargé de dire le droit international – ont clairement affirmé que le Tibet était un pays occupé. La Chine est dans une position illégitime, elle le sait et c’est bien pour cela que le moindre mouvement d’hostilité la met hors d’elle. Actuellement, revendiquer l’autonomie pour le Tibet vaut plusieurs années de prison, même pour les mineurs. L’été dernier, des écoliers âgés de 8 à 13 ans, ont été emprisonnés pour avoir écrit « Tibet libre » sur leur cahier de classe. Un autre a été jeté au cachot six mois durant pour avoir déclaré à l’un de ses professeurs qu’il était Tibétain et non Chinois.

Est-ce à dire que les intérêts diplomatiques et économiques prennent le pas sur les exigences de liberté revendiquées par les Tibétains ?
Matthieu Ricard : Kofi Annan qui préside l’Organisation des nations unies a affirmé, en refusant l’invitation du dalaï-lama, qu’il convenait de ménager la susceptibilité de certains Etats membres. En retour, les Chinois emprisonnent et torturent à tout va Cela me rappelle l’attitude de complaisance que bien des chefs d’Etat ont observé à l’égard d’Hitler ou de Ceaucescu. On a longtemps ménagé leur susceptibilité avant de les considérer comme des tyrans. C’est le règne de la mollesse, les hommes politiques actuels manquent d’intégrité, d’honnêteté et de rigueur. Le dalaï-lama et le gouvernement en exil comprennent les impératifs économiques des grandes nations, mais ils estiment que c’est une erreur, un mauvais calcul que de fermer les yeux sur la situation du Tibet, afin de ne pas hypothéquer des marchés, des échanges commerciaux Regardez l’attitude de fermeté qu’ont adopté les Etats-Unis lorsqu’il s’est agi de détruire les stocks et unités de fabrication de CDroms pirates en provenance de Chine. Le 29 avril, date limite de la mise en demeure, tout était réglé, au risque de déplaire ! Le commerce chinois a plus besoin de nous que nous de lui, surtout lorsque l’on sait que les contrats commerciaux ne sont pas ou si mal honorés. Il faut une vraie volonté politique basée sur l’intégrité et non la duplicité. On manque de grands chefs d’Etat, de ceux qui n’accueilleraient pas Den Xiaoping en le faisant presque coucher dans leur lit.

On affirme qu’après une période d’accalmie – d’ailleurs toute relative –, le pouvoir chinois aurait singulièrement intensifié sa répression au Tibet
Matthieu Ricard : La politique actuelle, c’est le frapper fort. Chen Kyu Ihan, chef du parti communiste à Lhassa, a récemment déclaré que le bouddhisme était une religion et une culture importées, un ennemi du socialisme dont on devait se débarrasser sans délais. Le seul discours que doivent entendre les Tibétains, c’est « Soyez fiers d’être chinois ». A la fin de ce dernier mois d’août, une association qui travaillait à la restauration de bâtiments anciens à Lhassa a été sommée d’arrêter ses chantiers sur le champ. Les trois cents ouvriers tibétains ont été licenciés, les dirigeants de l’association expulsés et les comptes en banque gelés. Il y a une nouvelle révolution culturelle qui, certes, n’a pas la violence de la première mais qui est plus insidieuse encore.

Avec l’oppression dont sont victimes les six millions de Tibétains de l’intérieur, le salut du Pays des neiges et de son peuple ne viendra-t-il pas de la mobilisation des exilés, des comités de soutien et autres organisations non gouvernementales ?
Matthieu Ricard : De l’intérieur, rien n’est possible, les Tibétains sont réduits au silence, contraints et forcés. De l’extérieur, outre les pressions internationales, le soutien peut s’exercer en deux directions : l’éducation et la santé. Concernant ce dernier secteur, les seuls progrès bénéficient aux fonctionnaires, la situation médicale des plus défavorisés est catastrophique. Contrairement à ce que prétend l’Organisation mondiale de la santé, la lèpre n’est pas éradiquée au Tibet. D’une façon générale, la population et les nomades tibétains n’ont pas accès aux hôpitaux et cliniques le plus souvent en proie à la corruption. A chaque hospitalisation, il faut déposer une caution équivalente à trois mois de salaire. Impossible pour des Tibétains méprisés et systématiquement écartés des emplois les plus rémunérateurs.

Comment avez-vous accueilli la fuite du Tibet du karmapala – troisième autorité spirituelle du Tibet après le dalaï-lama et le panchen lama – venu se réfugier en Inde ?
Matthieu Ricard : C’est une gifle pour le gouvernement communiste chinois qui voulait faire du karmapala une poupée, un cinglant démenti à ceux qui prétendent pourtant haut et fort que la liberté de religion est garantie au Tibet. Lorsqu’un enfant de quatorze ans risque sa vie pour s’enfuir à travers l’Himalaya, c’est que le sort qui lui était réservé était devenu insupportable.

Quel regard portez-vous sur la progression du bouddhisme en Europe ? Ainsi que sur l’influence du dalaï-lama ?
Matthieu Ricard : Le Tibet n’a pas de pétrole mais il a du pétrole pour l’esprit et c’est un bien autrement plus précieux. Le bouddhisme tibétain constitue une immense richesse philosophique – plus importante encore que celle de l’Occident ou de la Grèce – qu’on commence à découvrir. Il unit de façon constante la pratique et la connaissance, l’expérience et l’enseignement. Sa Sainteté le dalaï-lama en est l’illustration parfaite, c’est l’exemple même de ce qu’il enseigne avec tant de conviction et de sagesse. Il donne à ses propos la force énorme de la vérité. C’est un être charismatique, avec un coeur immense. Un homme d’exception. Les politiques manquent d’intégrité, d’honnêteté, de rigueur. C’est le règne de la mollesse

Recueillis par Gérard LAUDINAS

Commentaires

La continuité et l'avenir du Tibet ne peut se concevoir qu'avec les Tibétains , en droit d'avancer corps et biens dans leur civilisation.Il est évident que la solidarité universelle représente probablement le seul recours à la peine de mort à laquelle la Chine l'a condamné...
Sa Sainteté le dalaï lama poursuit inlassablement et courageusement sa croisade pour la paix,la reconnaissance et le bonheur des Tibétains au Tibet. Espérons que l'océan de la compassion de toutes ces foules rencontrées fasse des vagues capables de remuer et d'impressionner la toute puissante Chine !
Par ailleurs, je n'ose penser à ce qu'il pourrait advenir du peuple tibétain et du dalaï lama si , d'aventure, un ou des Tibétains tueraient un ou des Chinois.....
Francine

 


francineS | Le Dimanche 13/04/2008 à 09:43 | [^] | Répondre